Le lundi 14 octobre, nous avons accueilli au collège :
M. le Préfet du Finistère, M. Alain ESPINASSE
Mme la Directrice Académique du Finistère, Mme Catherine MOALIC
pour l’hommage aux deux professeurs assassinés en 2020 et 2023 : Samuel Paty et Dominique Bernard.
Pour cet hommage, tous les élèves du collège ont été rassemblés dans la cour centrale du collège pour évoquer les raisons de la mort de ces deux professeurs et rappeler l’importance de la laïcité et le rôle des professeurs vis à vis des élèves.
La laïcité permet à tous les élèves de venir étudier au collège sans interférence religieuse. Chaque jour les professeurs, par leur enseignement, permettent aux élèves de se construire en citoyen libre de ses choix. Samuel Paty et Dominique Bernard sont morts assassinés pour porté cet idéal républicain au service des élèves et de toute la société.
Nous leur avons rendu hommage par la lecteur par les élèves des textes suivants :
- Victor Hugo - « Écrit après la visite d’un bagne »
- Albert Camus, lettre à monsieur Germain,
- Andrée Chedid, « Jeunesse »
Suivi d’une minute de silence.
A l’issue de l’hommage, M. le Préfet et Mme la Directrice Académque se sont entretenus avec avec quelques élèves.
Merci à tous pour ce moment solennelle.
Textes lus pendant l’hommage :
Victor Hugo, « Écrit après la visite d’un bagne », 1853 Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne Ne sont jamais allés à l’école une fois, Et ne savent pas lire, et signent d’une croix. C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime. L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme. Où rampe la raison, l’honnêteté périt.
Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit, A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres, Les ailes des esprits dans les pages des livres. Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut Planer là-haut où l’âme en liberté se meut. L’école est sanctuaire autant que la chapelle. L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle Contient sous chaque lettre une vertu ; le cœur S’éclaire doucement à cette humble lueur. Donc au petit enfant donnez le petit livre. Marchez, la lampe en main, pour qu’il puisse vous suivre. La nuit produit l’erreur et l’erreur l’attentat. Faute d’enseignement, on jette dans l’état Des hommes animaux, têtes inachevées, Tristes instincts qui vont les prunelles crevées, Aveugles effrayants, au regard sépulcral, Qui marchent à tâtons dans le monde moral. Allumons les esprits, c’est notre loi première, Et du suif le plus vil faisons une lumière. L’intelligence veut être ouverte ici-bas ; Le germe a droit d’éclore ; et qui ne pense pas Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre. Songeons-y bien, l’école en or change le cuivre, Tandis que l’ignorance en plomb transforme l’or. Je dis que ces voleurs possédaient un trésor, Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ; Je dis qu’ils ont le droit, du fond de leur misère, De se tourner vers vous, à qui le jour sourit, Et de vous demander compte de leur esprit ; Je dis qu’ils étaient l’homme et qu’on en fit la brute ; Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ; Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ; Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés Ont pour point de départ ce qui n’est pas leur faute ; Pouvaient-ils s’éclairer du flambeau qu’on leur ôte ? Ils sont les malheureux et non les ennemis. Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ; On a de la pensée éteint en eux la flamme ; Et la société leur a volé leur âme.
Victor Hugo, « Écrit après la visite d’un bagne », Jersey - 27 février 1853, Les Quatre vents de l’Esprit
Albert Camus, lettre à monsieur Germain, 19 novembre 1957
Cher Monsieur Germain,
J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur, mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.
Je vous embrasse, de toutes mes forces.
Albert Camus
Andrée Chedid, « Jeunesse », in Poèmes pour un texte 1970-1991
Jeunesse qui t’élances Dans le fatras des mondes Ne te défais pas à chaque ombre Ne te courbe pas sous chaque fardeau Que tes larmes irriguent Plutôt qu’elles ne te rongent Garde-toi des mots qui se dégradent Garde-toi du feu qui pâlit Ne laisse pas découdre tes songes Ni réduire ton regard Jeunesse entends-moi Tu ne rêves pas en vain.
Andrée Chedid, « Tant de corps et tant d’âme », in Poèmes pour un texte 1970-1991, éditions Flammarion, 1991.



